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Erasmus + des apprentis : « Nous incitons les acteurs institutionnels du territoire à porter des projets de mobilités pour un ensemble d’établissements » (Sébastien Thierry, directeur adjoint de l’Agence Erasmus + France)

En juillet dernier, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud a fixé l’objectif de 15 000 départs d’apprentis en mobilité chaque année à l’horizon 2022. Un challenge, pour le directeur directeur adjoint de l’Agence Erasmus + France. Optimiste sur les futurs financements de ces mobilités européennes, Sébastien Thierry estime que la réforme de l’apprentissage devrait permettre de lever certains freins d’ordre culturel au départ.

Le Quotidien de la formation : En France, les apprentis sont actuellement moins de 7 000 à partir en mobilité, Erasmus + ou autres, à l’étranger (cf. encadré). Selon vous, est-il possible de multiplier ces départs par un peu plus de deux d’ici cinq ans, comme le souhaite le gouvernement ?

Sébastien Thierry : C’est un challenge. Nous pensons être en mesure de faire partir 8 750 apprentis en 2020, contre un peu moins de 4 000 aujourd’hui (cf encadré). Pour cela, 50 millions d’euros sont nécessaires. Nous devrions avoir les moyens de nos ambitions. Nous serons fixés en juillet prochain. Pour 2019, l’enveloppe pour la formation professionnelle (élèves, apprentis, niveau 4 et 5, stagiaire de la formation professionnelle) devrait être de 45 millions, soit une augmentation de + 12-13 % par rapport à 2018. Ce budget sera voté en fin d’année.

QDF : Mais la question financière n’est pas le seul frein au départ...

S.T : En effet, elle est importante pour les apprentis de niveau 4 et 5, mais avec des bourses de 990 euros par mois en moyenne, ce frein est levé. Il existe aussi un frein culturel du côté de l’employeur, qui peut se demander à quoi sert un départ assimilé à du tourisme. Par ailleurs, pour les petites entreprises, laisser parti un apprenti deux mois, c’est se priver de quelqu’un qui ne sera pas remplacé. Il faut les amener à penser en terme de compétences, de richesse pour le jeune et pour l’entreprise au retour. Et, du côté des apprentis, généralement issus de milieux relativement modestes, partir à l’étranger est loin d’être une évidence. La première mobilité, parfois courte, est une étape nécessaire pour débloquer des inhibitions.

QDF : La réforme de l’apprentissage peut-elle contribuer à faire décoller ces mobilités ?

S.T : En termes réglementaires, un certains nombre de verrous sautent, comme la question de la responsabilité de l’employeur qui demeurait quand l’apprenti était à l’étranger. Cela avait de quoi rendre les entreprises frileuses. Cette loi est à une opportunité et une grande avancée, mais il est difficile de mesurer l’impact du bouleversement de la gouvernance qu’elle induit à court terme. Les dépôts de candidatures auront lieu début février. À ce moment là, nous verrons s’il y a ou non une baisse des demandes de bourses pour les apprentis.

QDF :Les mobilités varient actuellement d’un centre de formation d’apprentis (CFA) à l’autre, selon la connaissance qu’un formateur ou une direction a du programme et de son fonctionnement. L’Agence Erasmus + s’empare-t-elle de cette problématique ?

S.T : Les ressources en ingénierie de projets sont limitées en CFA. Nous travaillons depuis plus de trois ans pour inciter les acteurs institutionnels du territoire à porter des projets pour un ensemble d’établissements. Le niveau national peut, par exemple, toucher les chambres de commerce régionales afin qu’elles déposent des projets Erasmus+ en associant des structures intéressées. Un consortium permet l’élargissement de l’offre de mobilité sur les territoires. Si la mobilité internationale est de l’ordre de la politique publique, alors elle doit être accessible à tous. Cela ne signifie pas que tous les apprentis partiront, mais que ceux qui le souhaitent puissent le faire. Dans l’enseignement supérieur, le jeune qui veut partir à l’étranger pousse la porte du service des relations internationales et est pris par la main. Nous ferons valoir auprès de la Commission européenne, qu’il est nécessaire d’avoir dans le futur programme un système pour la formation professionnelle comme dans le supérieur. Ensuite, il faudra que l’instrument financier suive. Mais il est clair que l’accès à la mobilité participe de la revalorisation de la voie professionnelle et de l’apprentissage.

Les mobilités des apprentis en bref [1]

Le ministère du Travail dénombre 6 800 apprentis ayant vécu une mobilité en 2016-2017. Parmi eux, 3 659 apprentis sont partis en stage à l’étranger avec Erasmus +. Les autres départs se font via Ofaj (Office franco-allemand pour la jeunesse), ProTandem (l’agence franco-allemande pour les échanges dans l’enseignement et la formation), et les conseils régionaux. En moyenne, la mobilité Erasmus + d’un apprenti dure 24 jours. Le montant mensuel moyen de la bourse qui lui est attribuée est de 990 euros. Interrogés à leur retour, plus de 8 apprentis sur 10 considèrent que leur mobilité Erasmus + leur a permis d’améliorer leurs compétences techniques et ont davantage confiance en leurs capacités.

[1] Source : La mobilité des élèves et des apprentis dans le cadre du programme Erasmus + - État des lieux en 2016-2017 – Observatoire Erasmus + - Août 2018

Mis en ligne le 17 septembre 2018 sur Le quotidien de la formation