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« L’Europe de la formation ne peut se construire par " copier-coller " des politiques nationales » (Mara Brugia, Cedefop)

De la mer Égée à l’océan Atlantique, c’est le périple entrepris par Mara Brugia, directrice du Cedefop [1], dont le siège est à Thessalonique en Grèce, pour rejoindre Biarritz, ville hôte de l’Université d’hiver de la formation professionnelle organisée par Centre Inffo (UHFP, 30 janvier au 1er février 2019). L’occasion de mieux connaître une institution indispensable à l’émergence d’une politique européenne de formation, dans le respect des différences.

Le Quotidien de la formation : Quel rôle concret le Cedefop joue-t-il en Europe ?

Mara Brugia  : Le Cedefop intervient comme support des institutions de l’Union européenne dans la conception et la mise en œuvre de la politique européenne de formation professionnelle, des compétences et des qualifications. Nous soutenons les efforts des États membres dans les défis communs qu’ils ont à relever. Premièrement, nous analysons les tendances de l’emploi et de la demande de compétences sur le marché du travail. Il s’agit d’anticiper les besoins et l’offre futurs de compétences, et d’analyser les inadéquations de compétences, afin que les individus, les employeurs et les décideurs politiques disposent de l’information nécessaire avant de prendre des décisions en matière d’enseignement, de formation et de carrières. Deuxièmement, le Cedefop soutient l’élaboration et l’utilisation d’outils européens tels que les cadres de certification et Europass, qui permettent aux Européens de travailler ou d’apprendre à l’étranger et d’« emmener leurs qualifications avec eux », en facilitant la compréhension et la reconnaissance communes des qualifications.
Troisième axe, nous assurons un suivi des politiques et établissons des rapports sur leur évolution dans les États membres de l’Union. Afin de nourrir le débat sur la coopération européenne dans la formation professionnelle jusqu’en 2030, nous avons développé des scénarios aidant les pays à réfléchir sur le rôle qu’ils veulent voir jouer à la formation professionnelle. Le Cedefop soutient aussi les politiques et stratégies qui aident à valoriser la formation professionnelle. Par exemple, nos travaux ont démontré qu’améliorer les compétences des moins qualifiés est bénéfique non seulement pour les individus eux-mêmes, mais aussi pour l’économie et la société. Avec nos forums de partage d’expérience sur les systèmes d’apprentissage et sur les acquis de formation (learning outcomes), nous soutenons la coopération et l’apprentissage mutuel entre décideurs européens et nationaux, partenaires sociaux, chercheurs, institutions de formation professionnelle et praticiens de la formation. Nos études sur les systèmes d’apprentissage et le financement de la formation professionnelle nourrissent le débat politique. Nous avons aussi soutenu plusieurs pays dans leurs réformes de l’apprentissage et l’amélioration de leurs systèmes de gouvernance des compétences. Enfin, le portail internet du Cedefop met à disposition des publications, des bases de données et des infographies destinées aux décideurs, partenaires sociaux, chercheurs, praticiens et à tous les citoyens intéressés.

QDF : Quelle est la nature de la mission confiée par le Cedefop à Centre Inffo ?

M. B : Centre Inffo est depuis longtemps un partenaire précieux pour le Cedefop. Centre Inffo a été un membre très actif de l’ancien réseau d’enseignants et formateurs du Cedefop, TTnet, et a contribué de manière substantielle au travail de définition des métiers du secteur de la formation professionnelle, par exemple. D’ailleurs Françoise Gérard [2], qui m’a fait l’honneur de m’inviter à Biarritz, a été un membre du réseau TTnet. À l’heure actuelle, Centre Inffo est membre de ReferNet, le réseau européen d’expertise en formation professionnelle du Cedefop. Il est notre antenne en France et nous envoie des informations précieuses de première main sur les évolutions, les réformes et les innovations dans le domaine de la formation professionnelle de votre pays.

QDF : Les enjeux de la réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage sont-ils transférables aux autres pays membres de l’Union ?

M. B : Il est clair que les enjeux sont identiques dans la plupart des pays de l’Union européenne. Il s’agit premièrement de mieux assortir offre et demande de compétences, et donc de rendre l’offre plus réactive aux besoins du marché du travail, tout en respectant l’idée d’apprentissage tout au long de la vie. Un deuxième enjeu est d’impliquer davantage les partenaires socio-économiques, notamment au niveau des choix stratégiques. Le troisième enjeu principal est le ciblage des publics à faible niveau de qualification . Ceci, afin de leur permettre d’obtenir des compétences de base en lecture/écriture et en calcul, des compétences numériques et, finalement, de solides qualifications, en cohérence avec la recommandation européenne « Parcours de renforcement – Upskilling Pathways ».

QDF : Les solutions sont-elles partout identiques ?

M. B : Ce qui différencie les solutions d’un pays à l’autre, ce sont les spécificités liées, par exemple, aux relations entre partenaires sociaux, à la structure du marché du travail, aux migrations, à la façon dont la formation professionnelle est organisée, notamment en ce qui concerne son financement ou sa gouvernance. Par exemple, les États membres qui sont en train d’introduire un système d’apprentissage là où, traditionnellement, la formation professionnelle était dispensée en milieu scolaire, ont du mal à mettre en cohérence ces deux approches. Il en résulte souvent une difficulté des acteurs à pleinement comprendre la logique et le potentiel du système d’apprentissage nouvellement introduit. Et c’est précisément parce que notre objectif n’est pas de promouvoir l’importation de modèles ou solutions toutes faites – qui souvent ne sont pas adaptées au contexte national –, que notre défi en tant que centre européen d’expertise est le suivant : aider les pays à relever des défis communs, mais en tenant compte de la spécificité du pays. Nous plaidons pour un apprentissage mutuel, et surtout pas pour un « copier-coller » des politiques nationales.

[1] Centre européen pour le développement de la formation professionnelle.

[2] Directrice générale adjointe de Centre Inffo.

Mis en ligne le 4 février 2019 sur Le quotidien de la formation